L’anxiété chez l’enfant : ce qui aide et ce qu’il faut éviter

C’est dans son corps que l’on devrait se sentir le plus en sécurité.
Lorsque je me sens en sécurité mon corps est doux,
la respiration est tranquille. Mes yeux et mes mâchoires
se relaxent. Le rythme dans mon corps ralentit.

Jane Clapp

Comprendre l’anxiété

  • L’origine émotionnelle

Les déménagements, les deuils, l’entrée à l’école, les séparations sont autant d’épreuves pour les enfants et sont vécues comme de véritables ruptures d’attachement. Il est donc primordial de passer du temps à parler avec votre enfant, lui proposer de dessiner ce qui l’empêche de dormir, jouer une scène effrayante avec des marionnettes : tisser du lien et du sens sans jugement et avec bienveillance.

Sur des plans émotionnels et physiologiques, l’enfant anxieux est un enfant qui ne se sent pas en sécurité. Les propositions qui suivent aident l’enfant à comprendre ce qui se passe en lui, elles aident à faire face à des situations difficiles et permettent à l’enfant de reprendre le contrôle de son corps ce qui lui apporte un sentiment de sécurité.

  • Une « impression de danger »

La peur est une réaction normale et adaptative : elle sert à nous préparer à réagir à un danger (comme par exemple si on se retrouve face à un animal sauvage) ou pour réussir (un examen, une performance). Lorsqu’on a peur, cela active notre réaction de « fight-or-flight » (attaque/fuite) afin de préparer notre corps à se défendre. Cela se traduit par de nombreuses manifestations physiologiques qui contribuent toutes à la maximisation des chances de survie – c’est pourquoi, en situation de stress, une mère est capable de soulever une voiture sous laquelle son enfant est emprisonné ! L’attaque ou la fuite permettent toutes les deux de se décharger de cette quantité phénoménale d’énergie produite par le système nerveux.

Comment expliquer les réactions d’attaque, fuite, figement à un enfant :

Imagine que tu te promènes dans les bois et que tu rencontres un ours. Quelle est la première chose que tu ferais ? Tu pourrais t’enfuir le plus loin possible, ou tu pourrais te figer. Une autre possibilité serait de te mettre à hurler et d’avoir l’air effrayant. Ce sont les trois façons de répondre au danger : l’attaque, la fuite ou le figement. Lorsqu’on est anxieux, on réagit de ces trois façons également. On peut fuir les situations stressantes, on peut se figer et ne plus penser clairement et on peut devenir agressif… Est-ce que tu peux penser à des façons de fuir, te figer ou attaquer dans des situations stressantes ?

Dans nos sociétés modernes, ces décharges sont rarement possibles et cette énergie reste emprisonnée dans le système nerveux, c’est le figement. C’est ce qui se passe également lorsque la situation n’est pas vraiment dangereuse mais qu’elle semble l’être. Dans ce cas, l’anxiété apparaît : c’est une peur qui est enclenchée sans danger réel et dont l’énergie n’a pas été libérée.

Utiliser des techniques appropriées

Ce qui aide :

  • la respiration, avec des exercices au choix :
    – Imagine qu’on va gonfler ensemble un ballon géant. On va prendre une énorme inspiration et souffler jusqu’à 5 en comptant avec les doigts
    – A
    près quelques respirations, imagine que l’air que tu inspires rentre par une narine et que tu l’expires par l’autre narine. De gauche à droite puis de droite à gauche
    – Prends une grande inspiration et quand tu expires, imagines que tu souffles tous tes soucis à l’extérieur, très très loin
    on inspire 4 secondes, on retient sa respiration 7 secondes et on expire par la bouche pendant 8 secondes

  • En cas de crise d’angoisse, éviter les exercices de respiration et employer plutôt des techniques qui remettent en marche la réflexion et la concentration :
    – « Ça te dirait de jouer un à jeu ? Essaie de trouver 5 objets rouges ; Cites-moi trois choses que tu entends en ce moment ; Combien font 3+1 »
  • La visualisation – fermer les yeux et :
    imaginer un endroit où vous avez passé des moments heureux ensemble
    – se souvenir d’une situation ou votre enfant a été en pleine maîtrise/succès (escalade, contrôle difficile, concert, performance de danse…) et se rappeler de la joie/fierté ressentie

  • La connexion et la validation émotionnelle
    Tu as l’air d’avoir peur. Ça m’arrive parfois d’avoir peur et ce n’est pas agréable du tout
    – Je t’aime et je veille sur toi, tu es en sécurité

  • Le contact physique :
    câlins, caresses, présence physique
    – pressions sur l’oreille pendant 5 secondes chacune (l’enfant peut le faire lui-même)

    Les mots que vous employez sont très importants. Avant de proposer l’une ou une combinaisons des stratégies ci-dessus, vous pouvez dire à votre enfant quelque chose comme « je vois que tu as peur, je sais exactement ce qu’il faut faire pour que tu reviennes au calme » : il est important que votre enfant ressente chez ses parents la capacité à protéger et contenir.

    Il est également recommandé de s’intéresser de près aux manifestations physiologiques de l’anxiété en développant un vocabulaire permettant de les décrire aussi précisément que possible. Pour développer ce vocabulaire, il est utile de jouer à des jeux sensoriels (mettre un tas d’objets dans un sac, en prendre un et essayer de deviner ce que c’est en ayant les yeux bandés : décrire sa température, son poids, sa forme, sa texture, sa transparence ou son opacité, etc).

Ce qu’il faut éviter :

  • « Tu t’inquiètes vraiment pour un rien
    Les enfants anxieux sont souvent nommés anxieux par leur famille depuis tout petit
    s… et ils sont obéissants !
    Essayez plutôt : Ne jamais étiqueter votre enfant. A la place, à l’occasion d’un moment calme, discutez de l’origine physiologique de l’anxiété : lorsque l’alarme de l’anxiété est déclenchée, la plus archaïque (plus émotionnelle) partie du cerveau prend le dessus sur la partie plus moderne (de pensée logique).
  • « On ne comprend pas pourquoi tu t’inquiète tellement ! »
    Évoquer votre propre sentiment d’impuissance est doublement anxiogène pour votre enfant.
    Votre enfant doit vous sentir profondément ancré dans votre certitude quant à sa capacité de surmonter son angoisse.
    Essayez plutôt : « Je sais que tu as peur, mais je sais que tu peux essayer » Cette sensation est très désagréable mais elle va partir ; Installons-nous confortablement jusqu’à ce qu’elle disparaisse « Quelle stratégie veux-tu essayer ? » Lui donner à choisir parmi celles citées précédemment ou en proposer une.
  • « Il n’y a rien à craindre », « Tout va bien se passer »
    P
    endant une crise, la réponse de stress mobilise l’être entier et il n’est pas facile d’avoir les idées claires.
    Essayez plutôt :
    Adressez-vous au système nerveux et respirez avec votre enfant jusqu’à ce que le calme revienne. « Je vois que tu as très peur. Moi aussi ça m’est arrivé d’avoir peur, je sais ce qu’on ressent ».
    Vous pouvez
    vous connecter à un souvenir réel et dire que vous aviez les mains moites, les jambes qui tremblent etc (essayez de vous reconnecter à vos sensations d’alors) et poursuivez « et toi, comment tu sais que tu as peur ? Ça fait comment dans ton corps ? »
    Une fois que votre enfant est calm
    é, faites une liste de raisons logiques qui expliquent pourquoi il ne faut pas s’inquiéter ; discutez l’idée que les sentiments ne sont pas forcément des faits !

Voir également la page Enfants